Eau aux soins intensifs

Visite au chevet de l'eau malade, à la station d'épuration de Bruxelles Nord
22 mars : visite à la station d’épuration nord Pendant que quelques valeureux eau-water-zoniens accueillaient les visiteurs ce samedi 22 mars, j’ai embarqué à bord de la péniche qui emmenait les premiers citoyens dans les méandres de la station d’épuration de Bruxelles Nord.
local/files/eaurefoulee/thumbs/480x360.stationepuration.jpg
Ambiance...
La station est construite devant le Pont de Buda, à cheval sur la limite entre les anciennes communes de Haren et Neder Over Hembeek, qui font partie maintenant de Bruxelles Ville (il y a à ce sujet une amusante polémique dans la rubrique "réactions" du site de la société qui gère la station, Aquiris). Elle épure les eaux usées de 1,1 million d’habitants. La façade du bâtiment long de 250 mètres est un écran discret. A l’intérieur par contre, tout a été aménagé de manière à faciliter les visites de groupes, il y a des panneaux explicatifs bilingues partout. Des visites seront organisées de façon systématique entre mai et septembre, avis aux intéressés. Les péniches touristiques se chargent de vous désaltérer à la sortie. Allez-y quand il fait beau, on est battu par les vents sur les passerelles de cette station !

Celle-ci absorbe chaque seconde 8,2 m³ d’eau: prétraitement (filtrage des « grosses crasses »), décantation (les boues descendent, les huiles montent et sont raclées), traitement biologique aérobie et anaérobie, les 5 milliards de bactéries affectées à la tâche, étant sous bonne garde. Ensuite les boues sont asséchées pour devenir du technosable, dont la destination n’est pas encore tout à fait précisée. C’est une matière neutralisée, réutilisable dans la construction.

Le hic de toute l’affaire
Quand il pleut fort ou longtemps, la capacité de la station double... Mais alors, tandis que le traitement biologique est réservé au flux habituel de 8,2 m³/seconde, le surplus (qui peut atteindre la même quantité) est traité par le procédé Actiflo qui est chimique : dans cette partie de la station, on injecte des polymères dans l’eau pour accélérer le traitement. Ces matières iront rejoindre les boues mais il en restera toujours un peu dans l’eau... Sans dépasser les normes bien sûr. Ben tiens...

Conclusion irréfutable : tout ce qui peut freiner le chemin de l’eau de pluie en amont de la station d’épuration nord, est bon à prendre ! Citernes, toitures vertes, perméabilisation des sols... Il faut savoir qu’à Bruxelles, l’eau de pluie n’est pas collectée séparément des eaux usées des ménages. Le tout va alimenter des collecteurs (et cours d’eau, dont certains sont devenus des égoûts): en noir, Senne et affluents - en orange, Woluwe. Donc moins il y aura d’eau, moins on utilisera de polymères !
local/files/eaurefoulee/thumbs/480x360.cartebxleau.jpg
En vert: ce qui est épuré par la station nord. En jaune, ce qui est épuré par la station sud.

Et l’eau qui sort de la station ?
Bizarrement, elle est brune et mousseuse, pas très ragoûtante. Il paraît que c’est normal : le temps pluvieux augmente le flux et la pression fait mousser ce qu’il reste de détergent dans l’eau. Bref c’est la preuve que tout fonctionne. A Malines, ils apprécient déjà la différence de qualité de l’eau, des poissons reviennent. Tant mieux. Mais enfin, deuxième conclusion, moins on mettra de savon dans notre eau, moins ça moussera sur son parcours en aval, avec ou sans station d’épuration. N’en profitez donc pas pour polluer plus !

Voici donc une station d'épuration qui se laisse visiter, avec des guides sympa et motivés. Maintenant, retour à nos jardins, nos toitures vertes et nos citernes: nous avons même des primes régionales et communales pour les réhabiliter!

Antoinette Brouyaux